INFORMATIE OVER DE EXPOSITIE IN DE ANCIENNE CHAPELLE TE DREUX IN 1978

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UN MEME CRI

ELISABETH BONVARLET ET ALBERT HAGENAARS

Ils devaient être trois. Mais Bert Bevers n’a pu se joindre au dernier moment á leur exposition. C’est donc Elisabeth Bonvarlet et son ami hollandais Albert Hagenaars que nous avons rencontrés hier á l’Ancienne Chapelle au milieu de silencieux des fraîchement accrochées sur le fond silencieux des voûtes de pierre.
Au premier coup d’œil sur leurs toiles c’est un grand choc visuel; un monde étrange, barbare, inhumain qui s’accroche derrière des barreaux de couleurs avec des grincements de dents, des yeux troués de peur, des révoltés qui claquent, un monde aussi trop nu où il n’y a rien de rigide, mais qui approche, la décomposition, l’angoisse nucléaire, la solitude’….
Bonvarlet peint l’être à vif, en groupe ou solitaire, silhouettes de chairs vivantes, trop vivantes qui rosissent ou rougeoient, cernés de noir ou simplement évoquées par un trait charbonneux, incisif. Une unité de masses agglutinées ou détachées, infiniment pathétiques dans l’angoisse du geste qui retombe, de l‘œil qui questionne ou qui subit, de la bouche qui ne peut plus mordre mais crier, hurler les regards…
Peinture fantasmatique, précise et inspirée, fiction d’un avenir décadent où les têtes roulent dans un dernier éclair d’humour, où l’enfant, seul, ferme la bouche comme pétrifié par la chair rose de sa mère.
Elisabeth peint depuis cinq ans, habitant près de Chartres où elle a d’ailleurs exposé l’an dernier. Elle recherche inlassablement à traduire cette vision morbide d’une humanité mourant de la folie des hommes, de la civilisation robotisée prémices à toutes les enflures de l’imagination des «nouveaux romantiques».

Romantique, c’est ainsi que se définit Albert Hagenaars et accordé à la vision de son amie il s’attache à peindre ses frustrations. Le style est très différent. Les couleurs dansent, dans les tons ocre, brique, jaune, rouge et des touches de bleu prussien, elles explosent, grassement appliquées au couteau sur des toiles en bois, grillage multicolore de la fête évoquée, de la tendresse de l’artiste.
Derrière l’homme est seul avec deux yeux très noirs qui fixent masque, clown ou «putain», il regarde le monde infernal de la ville –la «vie dure» des grandes villes, dévoureuses du «petit homme» de Reich…
Il a vingt-deux ans et tout en voyageant beaucoup pour capter l’émotion, il reste attaché à sa petite ville Bergen op Zoom en Hollande.
Etudiant en lettres, il aime les poètes (particulièrement J.-J. Slauerhoff, poète maudit dont il a fait un portrait sur son lit de mort en forme d’humour) dont les lignes murmurent sur ses toiles, soufflent leur message d’amour et de rage. Influencé par le groupe Cobra (Appel, Constant, Corneille, Jorn) il se réfère surtout à un peintre hollandais, son favori Willem de Kooning.

Entre Bonvarlet at Hagenaars, qui se sont
rencontrés il y a deux ans à Amsterdam, il y a une grande complicité, un même désir d’exprimer la violence, la provocation et la magie’…
Les messages tournoient: l’homme est prisonnier du carcan des couleurs, les têtes rongées déformées, rongées palpitent encore comme un cœur arraché.
«C’est de la peinture ultra moderne» disent les visiteurs…

Nous avons demandé à quelques-uns de nous communiquer leurs impressions et nous n’avons rencontré (en passant de lycéens à des personnes plus âgées) que de bonnes appréciations avec un leidmotiv: «ça fait réfléchir», «les couleurs sont très belles».
Un bon encouragement pour cette première journée et première expérience à Dreux. Le soir à 18 heurs, le vernissage allait faire du bruit! Des amis chartrains d’Elisabeth devaient venir animer les peintures sur un mode nouveau!: il s’agit du groupe «Camizole» qui vient d’enregistrer son premier disque. Un style également déroutant au moyen de saxophones, synthétiseur, batterie et guitare.

UN VERNISSAGE INSOLITE
Installés aux quatre coins de la salle, les musiciens ont fait vibrer la voûte de l’ancienne chapelle devant une trentaine d’auditeurs légèrement décontenancés.
Manifestation étrange dans cet auguste lieu et tout un spectacle: des accents de free jazz réhaussés par instant de quelques «trouvailles», techniques surprenantes, cris d’oiseaaux, poires klaxonnantes, percussions sur des enjoliveurs, sans oublier la note exotique donnée par des gongs asiatiques. Une musique par instant cosmique et «planante» qui encourage un musicien –et ce fut le clou de la soirée- à grimper à trois mètres du sol dans une des niches de la chapelle, la tête recouverte d’une cagoule, cette position surélevée donnant incontestablement un relief supplémentaire au groupe qui devisa musicalement de longues minutes ainsi avec le sérieux «renfermé» ce style de musique difficilement communicable.
L’habituel et doux claquement du bouchon de champagne était remplacé par un coup de pistolet (d’enfant tonitruant mais des plus pacifiques puisqu’il donnait le départ d’une nouvelle phase musicale encore plus délirante du groupe «Camizole».
Une musique et une peinture résolument tournées vers le futur… et l’imagination.

A.B.

LA REPUBLIQUE DU CENTRE, 3 JANVIER 1978

 

UN VERNISSAGE «FOU-FOU-FOU» A L'ANCIENNE CHAPELLE AVEC «CAMIZOLE»
Force est de constater que le groupe (Camizole) ne s'enferme pas dans une musique (conventionnelle). Elisabeth Bonvarlet et Albert Hagenaars avaient donné asile aux quatre jeunes Chartrains, pour l'animation de leur vernissage qui s'est tenu lundi soir à l'Ancienne Chapelle (voir notre édition de mardi).

Mercredi 4 janvier 1978

 

UN VERNISSAGE QUI A FAIT DU BRUIT

Des enjoliveurs pour percussions, et oui, l'automobile était reconciliée avec la musique, un coup de revolver en fa dièse! Entre deux accords de guitare électrique stimulés par une pédale wa-wa, le cri aigu d'un saxophone délirant, un trombone braillard précédant le sifflement d'un rossignol, cacophonie, free jazz, musique «modern style», hyper réaliste, je ne sais trop encore, le tout exécuté par des instrumentistes on ne peut plus sérieux, lundi en fin de journée le groupe chartrain Camizole se donnait en spectacle à l'Ancienne Chapelle de la Grande Rue.
Non pas pour un concert, mais pour le vernissage de l'exposition signée Elizabeth Bonvarlet et Albert Hagenaars, le troisième à l'affiche, Bert Bevers, ayant déclaré forfait.
De personnalités, point. Mais à ce petit événement doublement artistique et gentiment loufoque, un petit public de grands initiés, qui a particulièrement goûté l'un des temps forts de ce rendez-vous planant, l'envol très musical dans une niche de l'Ancienne Chapelle d'un des faiseurs de bruit.
Côté peinture, c'est tout aussi déconcertant, mais dans le genre plutôt bien fait. Autant dire que le très sonore bruitage de Camizole convenait parfaitement aux toiles.

Elisabeth Bonvarlet, Chartraine elle-aussi, journaliste actuellement sans emploi, a rencontré Albert Hagenaars, étudiant en litterature à Amsterdam , voici deux ans. Les deux jeunes gens ont en commun un goût très prononcé pour le morbide. Elle présente une série de créatures diformes, des silhouettes solitaires, accablées, qui n'ont d'autre expression que celle de la plus profonde angoisse. Son univers fantasmatique n'est peuplé que d'êtres prostrés dans l'attente impuissante d'une fin irrémédiable. La monochronie des tons, dans laquelle sont brossés les personnages, est là pour accentuer davantage le funeste destin vers lequel tous semblent glisser lentement.

Avec Albert Hagenaars la méthode est un peu différente mais l'effet est sensiblement le même, encore que le peintre prenne là un peu de distance vis à vis de son sujet sur lequel il ironise volontiers, témoins les commentaires placés sous quelques unes de ses oeuvres. Sur le carton où les planchettes servant de support, les couleurs abondantes ont été jetées avec violence. Des traits gras se croisent et s'entremêlent. L'écheveau est inextricable. Et puis au milieu du lot, contrastant singulièrement par son réalisme, un tableau sur toile représente le poète maudit J.J. Slauerhoff sur son lit de mort. Un maître à penser pour Albert Hagenaars, qui se réfère aussi à son compatriote Willem de Kooning et à un certain groupe baptisé Cobra. A son côté, et c'est d'un autre genre encore, une géniale composition avec les outils de travail du créateur collés à même une planche avec en dessous cette épigramme: «Placer votre argent intelligemment. Achetez maintenant les tubes et les pinceaux de grand maître (2.000 Francs)».
Tout cela, si ce n'est pas un grand pied de nez à l'art, à moins que ce que c'est?  

L'exposition est ouverte tous les jours jusqu'au 10 janvier, de 10 à 12 heures et de 13 heures à 19 heures.  

D.M.

 

 

CAMIZOLE

 

Formed

1970,   Chartres, France

Disbanded

1978 //

Members

Dominique Grimaud (synthesisers, guitar, alto sax), Jacky Dupety (tenor sax, percussions, vocals), Jean-Luc Dupety (drums, tuba, trombone, trompette), Françoise Crublé (alto sax, guitar), Catherine Lienhart (violin), Christian Chanet (vocals)

Related Artists

Etron Fou Leloublan, Vidéo Aventures

Notes

Appears on: 30 ans d'agitation musicale en France  - 30 Years of Musical Insurrection in France

 

HISTOIRE DE CAMIZOLE

A l'origine de Camizole il y a un collectif formé sous l'impulsion de Jacky Dupéty, ancien élève de l'École des Arts Appliqués de Paris, qui impressionne ses comparses un peu plus jeunes pour avoir participé à Mai-68. Les happenings du collectif, qui ne s'est pas encore choisi de nom, sont inspirés du Living Theater prônant l'art total. Le premier a lieu dans une chapelle de Chartres , en janvier 1970, auquel participe une vingtaine de performers. Les mois suivants ils ne sont rapidement plus que 10 puis 5, et s'orientent vers le Free Jazz, improvisant collectivement, selon les possibilités, dans les sous-sols de l'auberge de Jeunesse de Chartres ou en pleine campagne. En janvier 1971, le groupe joue en "deuxième partie" de l'organiste américain Lou Bennett puis subsiste pendant 2/3 ans dans les profondeurs de l'underground. Il réapparaît en 1974 sous le nom de Camizole, avec pour principaux participants Dominique Grimaud, Catherine Lienhart, Jacky Dupéty, Françoise Crublé et Jean-Luc Dupéty. D'autres musiciens font des passages plus moins longs dans le groupe, parmi lesquels Eric Delaunay (futur fondateur de Tiemko), Xavier Jouvelet (qui fonde début 80 le duo jazz Bex-Jouvelet avec Emmanuel Bex) et Bernard Filipetti (futur Art & Technique et Prime Victim Show). Leurs concerts-performances sont toujours étroitement liés à l'action théâtrale (déplacement des musiciens dans la salle, pétards, jets de cymbale, découpe de bois à la hache...).

C'est cependant sous la forme d'un duo Dominique Grimaud / Bernard Filipetti, que Camizole fait la tournée des festivals au cours de l'Été 1975 et acquiert une renommée nationale. Le duo, qui produit alors une musique répétitive et électronique à base d'orgues, synthés et guitare, se fait remarquer par Klaus Schulze qui souhaite alors les publier sur son propre label. Mais la séparation du duo met un terme à ce projet.

En 1976 Camizole est redevenu un quintet (à géométrie variable) et fait la rencontre du groupe Etron Fou Leloublan. Ensemble ils créent le collectif Dupon et ses fantômes, auquel se rallieront Mozaïk, Grand Gouia, Au Fond du couloir à Gauche, Herbe Rouge et Nouvel Asile Culturel. Dupon et ses fantômes préfigure le mouvement européen Rock In Opposition. En 1977, Camizole rencontre le groupe Lard Free de Gilbert Artman. Gilbert Artman est à alors en train de monter son projet Urban Sax, auquel Chris Chanet (d'Etron Fou Leloublan), Jacky Dupéty et Françoise Crublé participent pendant 2 ans. Ils apparaissent ainsi sur les deux premiers albums d'Urban Sax. La même année Françoise Crublé rencontre Lindsay Cooper et Georgie Born de Henry Cow, à Londres, et participe à une série de concerts du F.I.G. (Feminist Improving Group) en France en 1978.

En 1977 Camizole a une nouvelle opportunité pour publier un disque, cette fois sur le label Tapioca, créé par Jean Georgakarakos (du mythique label BYG / Actuel). Dans ce but Jacky Dupéty (saxophones, percussions, voix), Jean-Luc Dupéty (batterie, trompettes, trombone, sax ténor, percussions, hache...), Françoise Crublé (guitare avec pédales d'effets, sax alto, gong) et Dominique Grimaud (sax alto, guitare, Synthi AKS, Korg 700, jouets...) enregistrent une séance ouverte au public le 26 novembre 1977 au Théâtre de Chartes. Manque de chance, le label Tapioca cesse son activité début 1978...

Le premier et unique album de Camizole sera finalement publié sur le Spalax en 1999, soit 22 ans après avoir été enregistré ! Le disque contient 6 performances enregistrées le 26 novembre 1977, 3 au Festival de Canteloup en juillet 1977, et d'autres encore enregistrées à Romainville, Grenoble et Saint-Cloud, également en 1977. Guitares planantes ou stridentes et déstructurées, cuivres mélodiques ou rageurs, gazouillis de synthés ou vociférations... Les improvisations sont autant Free Rock que Free Jazz. On pense à Lard Free, au Celestial Communication Orchestra d'Alan Silva (que Jacky Dupéty rencontra à la fin des années 60), aux plages d'improvisation "picturales" de l'Art Ensemble of Chicago en version électrifiée... Selon Dominique Grimaud : "la démarche de Camizole était de n'avoir aucune limite, autant au niveau de la durée des prestations, des lieux, des instruments utilisés, des styles. De plus on aimait bien ne pas forcément jouer "ensemble", c'est à dire que l'on pouvait jouer l'un contre les autres ou tous contre un. Ou laisser tomber l'un de nous dans un chemin qu'il venait de prendre et qui devenait vite une impasse. Ou encore, l'un de nous pouvait casser volontairement l'ambiance lancée par les autres, en faisant exactement le contraire de ce qu'il aurait fallu faire, etc.". La musique de Camizole est, par sa nature même, insaisissable.

Ce disque publié par Spalax est donc un précieux témoignage, d'autant que les prises de son sont très bonnes. En Mai 1978 Lard Free et Camizole participent à un même festival en Vendée. Pour rattraper le retard pris dans le programme, ils décident de faire leur balance ensemble puis font finalement une performance commune. C'est ainsi que les deux formations fusionnent pour leur tout dernier mois d'existence et se produisent lors de 4 concerts (dont un fut enregistré). Plusieurs membres de Lard Free et de Camizole vont participer ou participent déjà à Urban Sax, le projet "d'orchestre mobile" de saxophonistes développé par Gilbert Artman

L'aventure Camizole terminée, Dominique Grimaud souhaite aborder la musique de façon radicalement différente, par la création en studio et non plus par l'improvisation "live". Ce nouveau projet, mené en duo avec Monique Alba, aura pour nom Vidéo-Aventures.

DISCOGRAPHIE :

Camizole (enregistrements de 1977 - Spalax, 1999).

 

SKU 05/LOCUST 105

How great to see a US release by Dominique Grimaud, a man involved in interesting, experimental rock in the French music scene (on Guigou Chenevier's solo albums, with Video Aventures and with the legendary, early 70's group Camizole!) "Dominique Grimaud is a hidden treasure of France 's psych, free rock, electronic & jazz improv scenes. As a founding member of the legendary psych / krautrock inspired french act Camizole (1970 - 1978) to his equally inspired new wave duo Video-Aventures (1978-) whose groundbreaking music has been viewed as a precursor to the sound of Stereolab, and in more recent times, jaw droppingaudio visual performance installations & live performances with celebrated performer Colleen, Grimaud has spent his entire life exploring the musical fringes of the French underground. With Les Quatre Directions, Grimaud reemerges with his first release in nearly a decade and it's a whirlwind mind altering long form of grand proportions that hearkens back tothe expanded audio visoneering & spiritualism of 60s electronic music luminaries from Stockhausen to Ramon Sender. On Directions, Grimaud combines the other worldly synth effects of his moog, EMS Synthi AKS & Sequential Circuit Prophet and the hairy electric guitar bravado of his Fender strat with shamanic chanting, commune improv sessions with fellow travelers with odd acoustic instrumentation into a celestial homemade orchestra. Les Quatre Directions pays homage to the culture of the American Indians of the Great Plains , to their rituals & their paintings. This culture is deeply rooted in the themes of the circle and the cardinal points that they call the four winds. The whole piece evokes the outside world with the Four Elements : water,air, earth, fire and at the same time our inner world : heart, mind, body and spirit. Grimaud views Les Quatre Directions as four different paths in a person's life with his contradictions, his period of stagnation, and his return."

Label Locust